|

 LES
ARCHIVES
LE BULLETIN DE CHEUVREUX N° 1
- Mars 2002

DROIT COMPARE - "DROIT IMMOBILIER ALLEMAND"

Allemagne : Nouvelle retenue à la source
sur travaux immobiliers
La fiscalité allemande a connu d'importants aménagements
ces dernières années, notamment dans le cadre du "Steuersenkungsgesetz"
(loi visant à la réduction de la charge fiscale) dont la
presse s'est largement fait l'écho.
Une disposition fiscale issue de la loi du 30 août 2001 visant
à enrayer le travail illégal dans le secteur de la construction,
entrée en vigueur au 1er janvier 2002, est peut-être passée
plus inaperçue. Cette mesure risque pourtant d'affecter toutes
les entreprises, françaises notamment, réalisant des prestations
se rattachant, à un immeuble situé outre-Rhin.
Cette mesure intégrée dans les articles 48 - 48d de la
loi relative à l'impôt sur le revenu (Einkommensteuergesetz),
institue en effet l'obligation pour le preneur de tels services d'opérer
une retenue de 15 % sur la rémunération versée au
prestataire.
Après avoir précisé les cas dans lesquels le prestataire
se verra appliquer la retenue ou pourrait en être personnellement
redevable, nous évoquerons les modalités d'imputation et
de restitution de cette retenue ainsi que les conditions d'une éventuelle
exonération.
1. Un champ d'application très large
Au regard des prestations visées
La retenue trouve à s'appliquer à l'encontre de l'ensemble
des prestations de construction. Cette notion englobe, outre des prestations
directement liées à l'édification, toutes celles
touchant à la réparation, à l'entretien ou la démolition
d'immeubles. La notion même d'immeuble est très large puisqu'elle
vise en principe l'ensemble des ouvrages liés au sol et va donc
bien au-delà des seuls bâtiments. Ainsi, à titre d'exemple
la simple pose de carrelage. Il en va de même de certaines fournitures
de matériaux dès lors que ces livraisons s'accompagnent
de prestations telles que le montage.
Les prestations de conception et de planification telles que des travaux
d'architectes sont en principe exclues du champ d'application de la retenue,
mais peuvent tomber sous la disposition précitée lorsqu'elles
sont réputées constituer l'accessoire d'une prestation de
construction.
Au regard des personnes visées
Tout prestataire, indépendamment de sa forme juridique, de son
activité ou de sa résidence, se voit en principe appliquer
la retenue. Le seul tempérament tient en l'existence d'un seuil
en volume. La retenue n'a pas à être opérée
lorsque la somme des prestations facturées ou à facturer
au cours d'une même année civile à un même preneur
ne dépasse pas 5 000 Euros :
La retenue doit être prélevée par tout preneur de
services agissant en qualité d'entrepreneur selon la définition
retenue en matière de TVA. En l'absence de référence
territoriale, il est permis de s'interroger quant au fait de savoir si
une entreprise française réalisant des travaux immobiliers
en Allemagne et faisant elle-même appel à des sous-traitants
sans être établie en Allemagne, pourrait être tenue
d'opérer pareille retenue sur les rémunérations versées
à ses sous-traitants. Ce cas de figure pourrait notamment se rencontrer
en présence d'un entrepreneur général qui sous-traiterait
l'ensemble d'un marché.
2. Modalités de prélèvement et d'imputation
La retenue à opérer par le preneur s'élève
à 15% du montant TTC versé au prestataire, et devient exigible
lors du paiement. Cette retenue doit ensuite être versée
le 10 du mois suivant au centre des impôts du preneur.
La retenue ne constitue pas une imposition définitive, mais forme
un crédit d'impôt que le prestataire pourra imputer sur certains
impôts dont il serait redevable en Allemagne. L'imputation doit
s'opérer par priorité sur l'impôt sur le revenu à
retenir par l'entrepreneur au titre des salaires versés , ensuite
sur l'impôt sur le revenu ou sur les sociétés ainsi
que sur les acomptes correspondants. La retenue opérée peut
encore être imputée sur les retenues à la source dont
le prestataire serait lui même redevable en qualité de preneur
de services.
3. Modalités de remboursement
Ce n'est que dans l'hypothèse où le preneur pourra démontrer
ne pas être lui-même, en qualité de preneur de service,
tenu de collecter une retenue à la source, ni redevable de l'impôt
sur les sociétés ou d'impôts sur les revenus sur lesquels
la retenue pourrait être imputée, qu'il pourra en obtenir
le remboursement. S'agissant de prestataires français, la demande
de remboursement devra être déposée auprès
du centre des impôts de Kehl.
C'est sans doute au regard des modalités d'imputation et de remboursement
que la mesure risque de s'avérer discriminatoire au regard des
non-résidents. Car contrairement aux prestataires allemands, le
non-résident ne disposera généralement pas de base
fiscale en Allemagne, sur laquelle la retenue pourra être imputée.
En effet, le prestataire non-résident ne serait redevable de l'impôt
sur le revenu que dans la mesure où il disposerait d'un établissement
stable en Allemagne, notamment au titre d'une installation fixe d'affaire
ou du fait d'un chantier d'une durée supérieure à
douze mois. Le point de savoir si une telle différence de traitement
pratiquée peut constituer ou non une atteinte à la libre
prestation de services, prohibée au sein de l'Union Européenne
par l'article 49 du Traité, dépendra sans doute de la diligence
avec laquelle les Centres des Impôts instruiront les demandes de
remboursement, et les conditions, notamment de preuve, auxquelles le remboursement
sera subordonné.
4. Modalités d'exonération
Le preneur de service est dispensé d'opérer la retenue
lorsqu'au jour du paiement, il se trouve en possession d'un certificat
d'exonération, établi au nom du prestataire. Pareil certificat
peut être sollicité, s'agissant d'un prestataire résidant
en France auprès du Centre des Impôts de Kehl. Ce Centre
des Impôts exercera alors un contrôle a priori pour s'assurer
de la résidence du prestataire et vérifier que l'activité
déployée en Allemagne ne rend pas ce prestataire redevable
de l'impôt en Allemagne. Le Centre des Impôts s'assurera donc
notamment que l'activité exercée en Allemagne ne peut être
constitutive d'un établissement stable. L'obtention d'un tel certificat
est par ailleurs subordonnée à la désignation d'un
représentant du prestataire en Allemagne, chargé de recevoir
toute correspondance émanant des autorités fiscales allemandes.
En fonction des prestations réalisées, le certificat d'exonération
pourra soit être limité à une prestation déterminée
ou au contraire être de portée générale et
viser toutes les prestations rendues par un même prestataire . De
même, la durée de l'exonération pourra varier, sans
toutefois pouvoir dépasser trois ans.
Eu égard au possible délai d'instruction de telles demandes,
il est plus que recommandable de solliciter le certificat dès avant
tout encaissement partiel ou total de la rémunération, une
régularisation ultérieure ne pouvant en effet s'opérer
que par la procédure de remboursement visée ci-dessus, d'où
un impact sérieux sur la trésorerie du prestataire.
1 Seuil porté à 15 000 Euros
lorsque le preneur n'exerce qu'une activité de location immobilière
exonérée de TVA.
2 Il convient de rappeler que l'Allemagne pratique le système de
retenue de l'impôt sur les salaires à la source
Pascal Schultze-
Avocat à la Cour- HAARMANN HEMMELRATH - Paris
 

retour au sommaire
|