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LE BULLETIN DE CHEUVREUX N° 2- Juin 2003


Du côté des Tribunaux
DROIT DES AFFAIRES

Mandat – mandataire substitué – action directe contre le mandant – action du mandataire intermédiaire non éteinte

Si le mandataire substitué dispose d’une action directe contre le mandant d’origine pour obtenir le remboursement de ses avances, cette action ne peut toutefois être exercée qu’autant que l’action du mandataire intermédiaire n’est pas elle-même éteinte. Fait donc une juste application de l’article 1994 alinéa 2 du Code civil la Cour d’Appel qui rejette l’action en remboursement des taxes, frais et droits, intentée par un commissionnaire substitué pour l’accomplissement des formalités de dédouanement contre l’importateur de marchandises, dès lors que la société chargée de cette mission et du transport avait reçu les fonds destinés au paiement de ces droits.
Cet arrêt constitue un revirement de jurisprudence.
Cass Com, 3 décembre 2002 – Rép. Defr. N°4, article 37676 pages 236 et s.



PACTE DE PREFERENCE

Pacte de préférence – première offre déclinée – vente plusieurs années après au même prix sans offre – validité (oui)

Selon la Cour de cassation, le propriétaire d’un bien sur lequel il avait consenti un pacte de préférence, n’est pas obligé, dès lors que le bénéficiaire a décliné une première offre à un prix déterminé, de formuler une nouvelle offre à ce bénéficiaire, dès lors que la vente intervient au même prix, quand bien même se serait-il écoulé plusieurs années depuis l’offre initiale. La Cour de cassation casse ainsi l’arrêt de la Cour d’Appel de Lyon qui estimait au contraire qu’une nouvelle offre aurait dû être formulée car, même conclue au même prix, la vente intervenait selon cette Cour dans des conditions économiques plus avantageuses – compte tenu de l’évolution du contexte économique - dès lors qu’elle se réalisait plusieurs années après l’offre initiale.
Cass Civ 3ème 29 janvier 2003 n°123 FS-PB Loncle c./Bouhafs - BRDA 04/03 du 28 février 2003

PROCEDURES COLLECTIVES

Spécialité du mandat pour déclarer un créance et société mère

La Cour de cassation vient de rappeler que le mandat donné par un créancier à un tiers autre qu’un avocat pour déclarer une créance au passif d’une procédure collective doit être spécial. C’est ainsi que le président du conseil d’administration d’une société mère est un tiers par rapport à sa filiale. Le mandat lui donnant un pouvoir général de déclarer les créances de cette filiale ne constitue pas un pouvoir spécial de déclarer les créances dans une procédure collective déterminée.
Cass Com 26 novembre 2002 n°1930 F-D Hyaumet c./Sté Bail Ouest - BRDA 02/03 du 31 janvier 2003

SOCIETES COMMERCIALES

Obligation de conservation des titres – exonération des droits d’enregistrement – réduction de la valeur nominale des titres

Selon la Cour de cassation, n’est pas rompu l’engagement de conservation des titres souscrits par un apporteur en nature, lors de la constitution d’une société pour bénéficier de l’exonération de droits d’enregistrement prévue par l’article 810 III al 4 du Code Général des Impôts, lorsque la société vient par la suite à réduire son capital par réduction de la valeur nominale des titres.
On observera que la solution eût sans doute été différente si la réduction de capital était intervenue par diminution du nombre de titres.
Cass Com 25 mars 2003 n°576 FS-P Sté Domaine Brusset c./Sté Rhodannienne d’expertise comptable - BRDA 08/03 du 30 avril 2003

Société par actions – abus de biens sociaux – dépréciation des titres – préjudice de la société – Action civile des actionnaires (non)

La dépréciation des titres d’une société découlant d’agissements délictueux des dirigeants est constitutive d’un dommage pour la société elle-même et non pas pour les actionnaires pris individuellement. En conséquence, l’action civile exercée à titre personnel par les actionnaires dont les titres avaient été dévalorisés du fait du délit d’abus de biens sociaux des dirigeants n’est pas recevable.
Cass. Crim., 18 septembre 2002. Bull. Joly § 11 p.63

SOCIETES CIVILES

Acquisition par adjudication - validité de l’enchère faite pour le compte d’une SCI en formation

La Cour de cassation a considéré que la Cour d’Appel, après avoir constaté que la SCI avait repris les actes accomplis pour son compte pendant sa formation, à savoir l’acquisition d’un bien immobilier par adjudication, avait retenu à bon droit que l’enchère portée pour le compte de la SCI avait été validée. Les engagements souscrits ont été réputés, en raison de leur reprise, avoir été contractés dés l’origine par la SCI. Il s’agit d’un arrêt de revirement. Se trouve ainsi évitée par cette jurisprudence, la nécessité pour les futurs associés de se porter adjudicataires à titre personnel pour ensuite apporter l’immeuble à une société civile. Il convient de se reporter à la note de jurisprudence de M. Jean-Pierre Garçon pour plus de détails sur les limites de cette jurisprudence.

Cass.2é civ., 19 déc. 2002, Serafini c/ Goldenberg: Juris-Data n°2002-01720 – JCP Not, 18 mars.2003, n°13 p. 532, note Jean-Pierre Garçon

SOCIETE EN PARTICIPATION

Achat en commun d’un billet de loto – société en participation (oui)

La cour de cassation approuve le juge du fond qui, ayant établi que deux personnes avaient participé à l’achat d’un ticket gagnant de loto, en a déduit l’existence d’une société en participation et a condamné les joueurs au partage des gains proportionnellement à la participation de chacun d’eux à l’achat du ticket.
Après avoir considéré que l’achat en commun du ticket était constitutif des apports, la cour révèle qu’en raison de la nature même du billet de loterie, qui repose sur des chances de gains et des risques de pertes, les parties avaient bien eu, la volonté de s’associer pour un partage du coût et des gains éventuels. Ainsi se trouvaient caractérisés les éléments constitutifs du contrat de société défini par l’article 1832 du Code civil.
Cass 1ère ci. 14 janvier 2003, n° 00-19.984 Habibi c/ Mohaddes

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