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LE BULLETIN DE CHEUVREUX N° 2
- Juin 2002

DROIT INTERNATIONAL PRIVE - Droit de la famille

LE CHANGEMENT AUTOMATIQUE DE LOI APPLICABLE AU REGIME
MATRIMONIAL
D'après un article de Richard Crône paru au Defresnois
du 30 septembre 2001.
La Convention de la Haye du 14 mars 1978 est relative à la loi applicable
au régime matrimonial lorsque la situation présente un élément
d'extranéité (l'un des époux ou les deux sont de nationalité
étrangère et se marient en France ou des français se
marient à l'étranger).
Cette Convention est entrée en vigueur en France le 1er septembre
1992. Elle a déterminé la loi applicable au régime
matrimonial des époux mariés après son entrée
en vigueur. Le critère déterminant est la volonté des
époux :
- Soit les époux ont expressément manifesté leur
volonté au moment du mariage en désignant la loi applicable,
c'est alors la loi choisie qui régit leur régime matrimonial
(détermination subjective).
- Soit les époux n'ont pas exprimé leur volonté
quant à la loi applicable, on recherche alors leur intention
implicite. Pour cela la loi pose différents critères :
La loi de
la première résidence habituelle après le mariage.
La loi nationale
commune des époux quand ils n'ont pas de résidence commune
après le mariage.
Les époux mariés avant le 1er septembre 1992 sont soumis
à la loi de leur 1er domicile matrimonial.
Une nouvelle disposition de la Convention de la Haye doit entrer en vigueur
le 1er septembre 2002 : la mutabilité automatique de la loi
régissant le régime matrimonial lorsque :
- la situation
présente un élément d'extranéité.
- les époux
se sont mariés après le 1er septembre 1992.
- Ils n'ont
pas expressément choisi la loi applicable.
Il est prévu trois cas de changement automatique :
1. La loi de
la résidence habituelle des époux devient applicable si
cette loi est aussi celle de leur nationalité commune.
Exemple : des époux français se sont mariés
en 1993 en Angleterre où ils ont vécu après leur
mariage. (la loi applicable est alors la loi de leur 1ère résidence
habituelle c'est à dire la loi anglaise soit un régime de
séparation de biens).
Ultérieurement, ils retournent en France, le régime légal
français redevient applicable : c'est la communauté réduite
aux acquêts.
2. La loi de
la nouvelle résidence habituelle des époux devient applicable
dès lors qu'elle a duré plus de dix ans.
Exemple : des époux belges se sont mariés en France où
ils ont vécu après leur mariage (la loi applicable est
alors la loi de leur 1ère résidence habituelle c'est à
dire la loi française soit la communauté réduite
aux acquêts).
Par la suite, ils s'installent à Londres où ils vivent pendant
10 ans, le régime anglais de séparation de biens devient
applicable.
On peut même imaginer des situations plus compliquées par
exemple : les époux belges retournent vivre en Belgique. Ils seraient
alors soumis successivement à trois régimes matrimoniaux
: communauté (France), séparation de biens (Angleterre),
communauté (Belgique : loi nationale commune).
3. La loi de
la résidence habituelle commune dans le cas des époux qui
étaient soumis à leur loi nationale commune à défaut
de résidence habituelle commune après le mariage.
Exemple : des époux anglais ont leur résidence dans des
pays distincts : le mari en France, la femme en Angleterre. A défaut
de résidence conjointe, leur loi nationale commune est applicable
(séparation de biens).
Ultérieurement, la femme rejoint son mari en France, le droit
français est alors applicable, ils sont alors soumis à la
communauté réduite aux acquêts.
Dans ces trois hypothèses (fréquentes en pratique), on aboutit
à l'application successive de différents régimes
matrimoniaux de nature et de philosophie totalement différentes,
et cela sans que les époux en aient le plus souvent conscience.
De plus, cette situation est risquée pour les créanciers
qui peuvent voir leur gage considérablement diminuer.
De plus, on imagine les difficultés inextricables de liquidation
(date de mutation, nature des biens, récompenses
) au moment
d'un divorce ou d'une succession.
Il est toutefois possible de faire échec à la règle
de la mutabilité automatique et il est très préférable
de le faire :
- Si des personnes se marient en France et que leur situation présente
un élément d'extranéité, il est nécessaire
de faire un contrat de mariage par lequel ils désignent la loi
applicable à leur régime matrimonial. Ainsi quels que
soient leurs changements de situation par la suite, leur régime
ne changera pas.
- Si des personnes se sont mariées sans désigner de loi
applicable à leur situation matrimoniale et que leur résidence
habituelle est destinée à changer, il leur faut modifier
leur contrat de mariage dans les formes prescrites par la loi applicable
à ce régime avant tout changement de résidence.
Exemple : la loi française régit le régime matrimonial
des époux et ils souhaitent qu'elle reste applicable, ils doivent
modifier leur régime dans les formes prescrites par l'article
1397 du Code Civil afin de spécifier que la loi française
restera applicable.
Cette procédure est relativement lourde mais les risques encourus
en cas de mutabilité automatique sont immenses.
 

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